L’Asset Administration Shell (AAS, normalisé au niveau international sous la référence CEI 63278) compte parmi les normes les plus importantes en matière de données industrielles de la dernière décennie. Développée par l’Industrial Digital Twin Association (IDTA) et soutenue par la ZVEI, la VDMA et Bitkom, elle apporte une réponse efficace à un défi de taille : elle attribue à un objet physique un jumeau numérique précis et lisible par machine, structuré en sous-modèles dont chacun constitue une description autonome et normalisée d’un aspect du produit. Il ne s’agit pas ici d’une critique de l’AAS. L’AAS est excellente, et cet article porte sur la façon dont elle s’aligne parfaitement avec une initiative qui a vu le jour parallèlement.
Même vision, résultat différent
L’AAS et le passeport numérique du produit (DPP) de l’UE poursuivent la même idée : structurer les données produit, les rendre lisibles par machine et les rendre transférables tout au long d’une chaîne d’approvisionnement. Elles abordent cette idée sous des angles différents et aboutissent à des résultats différents. Ce qui est intéressant, c’est de constater à quel point les deux initiatives sont en réalité proches l’une de l’autre.
La Commission européenne n’a pas considéré l’AAS comme un concurrent. Elle renvoie activement aux sous-modèles de l’AAS comme base technique pour les structures de données du DPP, en particulier au sous-modèle « Étiquette numérique » et au sous-modèle « Empreinte carbone ». C’est un signal fort indiquant la direction que prend ce rapprochement.
La « plaque signalétique numérique » est déjà à moitié un passeport
Regardez ce que contient déjà le sous-modèle « plaque signalétique numérique » : nom du fabricant et désignation du produit, numéro de série, date de production, référence, données techniques de base, certifications et déclarations de conformité. Cette liste se rapproche beaucoup du minimum qu’un DPP doit divulguer. Quiconque a mis à jour un sous-modèle « Étiquette numérique » a déjà accompli, sans même s’en rendre compte, environ la moitié du travail requis pour un passeport numérique de produit.
Ce que l’AAS ne génère pas à lui seul
C’est là que réside la véritable lacune. Les données structurées des sous-modèles sont nécessaires à un DPP. Elles ne sont toutefois pas suffisantes. En soi, l’AAS ne génère pas quatre éléments que le règlement européen exige comme résultat publié :
- un GS1 Digital Link, la norme URI que le DPP utilise comme interface d’identification pour qu’un scan renvoie vers le bon passeport ;
- une signature cryptographique, qu’une autorité ou un auditeur peut vérifier de manière indépendante, au lieu de se contenter de la croire sur parole ;
- un canal QR-code destiné aux consommateurs, imprimé sur le produit physique ;
- l’étiquetage de l’emballage, qui sera exigé par le règlement sur les emballages (PPWR).
Appelons ces quatre éléments la « couche de sortie réglementaire ». Ils font la différence entre des données industrielles structurées et un passeport qu’une autorité, un recycleur et un consommateur peuvent réellement intégrer et utiliser.
La place de Transpareo : en tant que couche de sortie,et## non en tant que « jumeau »
Transpareo ## correspondprécisément## àcette## couchede sortie, et l’architecture est complémentaire de fond en comble. L’AAS reste la seule source de vérité. Les données des sous-modèles de l’AAS sont transmises à Transpareo via une API REST. À partir de celles-ci, Transpareo génère le DPP conforme aux normes européennes : signé, adressé via GS1 Digital Link, accessible via un code QR et prêt à être enregistré. L’historique des versions signées constitue la « Transpareo Time Machine », une preuve cryptographiquement signée de chaque version, vérifiable dans le navigateur, publiée en open source sous licence GPL v3, afin que sa vérification ne dépende pas de la confiance accordée à Transpareo.
Pas de deuxième système de gestion des données. Pas de modèle parallèle à synchroniser. Pas de double travail. Votre sous-modèle reste là où il se trouve ; le passeport est généré à partir de celui-ci.
Tout cela est déjà disponible aujourd’hui, sans attendre que l’obligation entre en vigueur. Lorsque l’obligation relative au DPP s’appliquera à votre secteur, il ne restera plus qu’à vous connecter au registre de l’UE.
Ce pont est une opportunité
La convergence entre l’AAS et le DPP est l’aspect qui mérite toute notre attention, et elle est en cours en ce moment même, l’UE citant les sous-modèles AAS comme base technique. Le pont entre un sous-modèle AAS structuré et un DPP publié, signé et lié par un code QR constitue une opportunité pour la communauté AAS, et non un écosystème concurrent visant à la remplacer. Si vous souhaitez comprendre pourquoi cette couche de sortie repose de toute façon sur une sémantique ouverte et décomposable, vous trouverez l’explication dans notre article sur la norme EN 18223.
Une question sérieuse à tous ceux qui utilisent l’AAS de manière productive : comment votre AAS s’articule-t-il, ou comment comptez-vous l’articuler, avec vos obligations DPP ? Quels sous-modèles comptez-vous reproduire fidèlement, et où voyez-vous les points de jonction ? Nous préférons connaître votre avis sur la question plutôt que de le supposer.
